Les Gisants – Couture & aquarelle sur carton – environ 140 x 140 cm / pièce – 2015

Costumes réalisés par Hannah Devin

Quatre ganaches, quatre figures, dont l’uniforme renseigne une fonction. Ci-gît ce que nos sociétés ont conçus pour faire régner un ordre, celui des puissants. Je les couche sur un pan de mur dédié, ils sont punaisés à la verticale, comme l’a été un prophète d’autrefois. Cette installation pose, bien entendu, une problématique liée au pouvoir et à sa représentation. Ce regard attentif porté sur les figures archétypales liées au pouvoir, de la sphère publique et privée, est une prévention poétique. 

L’installation de ces gisants plonge dans les racines de l’image – l’imago de l’antiquité romaine. L’imago désignait ces masques mortuaires placés dans l’atrium des demeures familiales et témoignaient de la généalogie d’un groupe. L’imago etait accompagné d’un écriteau – le titulus – placé dessous. Cet ensemble, imago et titulus, avait une valeur sacrée mais aussi une valeur juridique. 

Les Gisants sont des anonymes figés dans une forme funéraire, ils signalent ici le caractère puissant du rôle de leurs vies dans la société. Mais leur identité est nulle, malgré le détail des visages, leur généalogie s’abîme dans les stéréotypes de personnages de théâtre.

Les Gisants conservent la dignité de la verticalité, de la stature. Mêmes morts, ils sont droits, rigides et froids. Que nous veulent-ils au juste ? Nous font-ils l’aveu d’une vie dont les émotions furent verrouillées ? Réclament-ils des free hugs pour pallier une carence d’amour, de compassion ? Ou font-ils barrage pour signifier d’avantage le mur qu’ils représentent ? Ils verdissent, tout de chair, dans les costumes autoritaires d’un pouvoir souverain.