Installation cartonnée – 17ème Ouvertures d’Ateliers d’Artistes / Association Château de Servières / Octobre 2015 – Marseille – Atelier Tapis Chouech avec David Poey & Renaud Magnan

Pour des raisons pratiques de captation d’images, j’ai volontairement fait entrer plus de lumières dans la grotte, ce qui modifie sa véritable appréhension. Merci de votre compréhension.

Équipé d’une frontale, le visiteur s’immisce par un trou pour entrer dans une cavité toute de carton. Dans l’obscurité quasi totale, le spéléologue découvre le lieu de vie d’un(e) créateur(ture) contemporain(e). Un coin cuisine, un bureau, une mezzanine, une chambre … Une succession d’indices disposés ça-et-là attestent d’une activité en cours. Le carton agit ici comme isolant poétique, délimitant l’espace vital de l’habitant. Il semblerait que l’on soit en présence d’une espèce sédentaire aux accents romantiques : l’artiste est ici mis en scène comme un poète exclu, pauvre, incompris et dominé par ses désirs confus. Voici des extraits :

Dans une cuisine encombrée se nichent quelques bizarreries. On y retrouve les références dont semble se substanter l’habitant des lieux. Tripou de Champion – préparation carnée à base de cheval – est un des musts. Quelques idées recettes et autres bouteilles doûteuses se glissent çà et là.

Coin cuisine & détournements graphiques par Renaud Magnan

Le bouillonnement qui sort de la machine à écrire n’est rien d’autres que le scénario du film « Un amour de Cheval ». Dans un désordre chaotique apparait les mots d’un auteur confus. Les manuscrits contiennent la logorrhée de scènes / dialogues / aspects techniques et apartés d’un film promis à l’échec. Se confondent au scénario des listes de courses et de choses dont l’auteur voudrait se souvenir (lessive, rdv RSA, tel mémé … etc …).

Un animal cuit virtuellement au feu de bois (voir Kébab du Passé). Un tableau trône sur le devant de la cheminée (Le Juge – aquarelle – 95 x 65 cm). Cette installation confèrerait un certain cachet à l’habitat mais elle semble diaboliquement jurer avec l’idée de confort.

Quelques cartons fleurtent avec une mauvaise reproduction d’un Picasso où la figure s’occupe de ses pieds (femme assise au bord de la mer – 1932). Les chaussettes sont étendues au même titre qu’une montre molle, qu’un Boticelli, qu’un pied-omelette … Le tout pendouille sous l’oeil sévère d’une toile en colère (voir Dorothée)

Lieu de repos par excellence, il est pourtant question de violence dans la chambre (peinture et alcool y font bon ménage). Un film en boucle donne le la d’une vie informe, reclus dans un lavabo, occupée à ronfler de tout son être. Le son de ce ronflement occupe d’ailleurs tout l’habitat et c’est seulement à la fin de la visite spéléologique que l’on découvre d’où il provient.

Dans les recoins de la grotte sont abandonnés des cartons de pizzas, certains d’entre eux contiennent encore des pizzas qui n’ont pas été mangées. Replis sur des identités desséchées, de véritables pizzas pourrissent dans leur boîte et arborent leurs oripeaux.